Histoire d’une course #12 : La Team se pèle à la Saintélyon

Quand Matthieu a fait la Saintélyon en relais à 4 il y a 2 ans, ça lui a laissé un souvenir impérissable.

Tellement qu’il a dit : « Plus jamais ! »

Alors bien évidement, connaissant mon don inné de persuasion ( « S’il te plaiiiiiit! » ),  ma douceur et ma patience légendaires ( « De toute façon tu fais ce que tu veux, mais moi j’y vais » ), et son absence de volonté ( «  Je vais encore le regretter tiens » ), nous voilà inscrit en 2016.

Cette fois-ci on voit les choses en grand : 3 TeamPetitBouquetin en relais à 3, par groupe de niveau.

 

TeamPetitBouquetin, TeamPetitBouquetin² et TeamPetitBouquetin³. L'autre gars on sait pas qui c'est mais il gâche un peu la photo le bougre...

TeamPetitBouquetin, TeamPetitBouquetin² et TeamPetitBouquetin³.
L’autre gars on sait pas qui c’est mais il gâche un peu la photo le bougre…

Le premier relais : Arnaud et ses 28km humanistes.

La Saintélyon… Une grande classique que tout le monde veut faire au moins une fois.

Comme pour Titanic, j’étais parti pour boycotter cette course à vie, mais voilà que Présidente vient me proposer de rejoindre la team pour participer au relais à 3… Du coup toutes mes convictions s’effondrent, tel un château de cartes sous un sapin de noël victime d’un chat en manque de conneries à faire.

Je préfère ne pas parler du contexte qui a permis la prise de cette photo... Trop bizarre...

Je préfère ne pas parler du contexte qui a permis la prise de cette photo… Trop bizarre…

J’ai choisi le premier relais, mais si la forme est là, je me tenterais bien la totalité de la course (parce que je n’ai pas pas l’intention de revenir de si tôt donc tant qu’à avoir fait le déplacement hein).

A l’heure de lever le camp, il fait un temps idéal même si ça pince un peu (-3°C). Pas grave on se réchauffera dans le sas grâce à la chaleur humaine, ou sur nos 28km, 850D+.

Bah merde alors il fait déjà nuit au départ...

Bah merde alors il fait déjà nuit au départ…

Le début du parcours dans Saint-Étienne n’a rien de folichon, mais bon, on s’échauffe tranquillement sur les premiers 9km, assez roulants, sur bitume et sous réverbères. Puis nous voilà enfin sur les petits chemins. Il faut allumer la frontale. Ça commence à descendre et à monter, mais surtout à être en single track. La température baisse à -5°C, et mon genou commence à faire mal au 11e km (un début de TFL que je me traîne depuis 5 jours).

On a un rythme tranquille, Darth Maul et son pote Yoda (armé d’un ukulélé) nous accompagnent en musique sous les étoiles, dans cette infinie guirlande de frontales. Le sol est complètement gelé et les descentes sont périlleuses pour les non-pratiquants de luge ou de bobsleigh (soit 99% des coureurs). 16e km, premier ravito : Tucs, saucisson, fromage, pain d’épice, chocolat, bananes, clémentines, palmiers, coca, thé, Saint-Yorre et j’en passe… MANGER !

Brochette de mecs. Pas trop saignant s'il vous plait

Brochette de mecs.
Pas trop saignant s’il vous plait

Après s’être blindé le bide, on repart, mais le genou tire de plus en plus. Je pense que je vais faire le 2e relais à mon rythme et laisser les filles entre elles. Arrivés au 21e km on tombe sur un gars assis sur le bord de la route. Gautier et moi allons voir s’il n’est pas mort gelé.

Le gars s’est apparemment claqué l’ischio droit et ne peut plus marcher.

On lui demande s’il a des amis dans la course ? Oui, mais ils sont déjà loin devant.

S’il a un téléphone pour appeler les secours ? Oui, mais il n’a plus de batterie… Ok, je sors donc le mien. Alors il faut ensuite trouver le numéro des secours… ah c’est marqué sur nos dossards.

3 p'tits chats, 3 p'tits chats, 3 p'tits chats chats chats...

3 p’tits chats, 3 p’tits chats, 3 p’tits chats chats chats…

2 minutes de sonnerie plus tard, quelqu’un nous répond, on lui dit qu’on est entre le 21e et le 22e km. Il nous demande sur quelle course (parce qu’il y a d’autres courses à 2h30 du matin dans le secteur de Saint-Étienne ?). Il nous envoie des secours le plus vite possible. Au bout de 5min d’attente moi aussi je me pèle, je me propose donc d’aller en avant voir si je ne retrouve pas Bibi, et que je reviens si ce n’est pas le cas.

Là on remarque que soit nous sommes tombés sur un cas avancé de Parkinson, soit l’immobilité le cul sur un sol gelé commence à sérieusement refroidir notre nouvel ami… On l’emballe dans sa couverture de survie.

Et pendant ce temps-là, Clivia dort dans sa propre couverture de survie. C'est joli ces trucs là. Et pratique.

Et pendant ce temps-là, Clivia dort dans sa propre couverture de survie. C’est joli ces trucs là. Et pratique.

J’essaie aussi d’appeler tout le monde pour les tenir au courant de la situation, mais bon comme toujours dans ces moments-là personne ne répond.

A ce moment-là ça me prends 2sec pour comprendre que je n’irai pas plus loin que mon relais : paix à mon genou qui me le fait douloureusement sentir (petite larme à l’œil).

 

On fait la fin de course chacun de notre côté, marchant, courant, rampant, pour arriver enfin au 28e km à Sainte-Catherine, libératrice de mon calvaire. On passe le relais aux filles. Je leur apprends qu’a mon plus grand regret elles devront se passer de ma compagnie et de mes blagues. Elles semblent anéanties par la nouvelle, mais filent comme le vent. Je ne sais pas où est passé Gautier, mais avec Bibi on se jette sur le ravito. C’est là que nous retrouvons Charly avec un grand sourire, prêt à aller au bout de ses 72km !

 

Ça c'est la tête de deux mecs qui ont la panse pleine de saucisson et qui vont piquer un roupillon dans le bus...

Ça c’est la tête de deux mecs qui ont la panse pleine de saucisson et qui vont piquer un roupillon dans le bus…

Le ventre plein on regagne la navette pour faire un petit dodo sur le trajet de retour. Arrivé à la Halle de Lyon une longue attente nous attend. On s’occupe donc comme on peut. Douches collectives. Osthéo et Compex. Repas et bière gratuite. Puis campement de manouche devant l’arrivée. Les filles terminent leur relais vers 8h et les garçons arrivent finalement vers 10h avec leur plus beau sourire.

 

Voilà c’était bien sympa finalement, même si j’ai toujours ce sentiment d’inachevé : j’avais les 72km dans les jambes, mais pas mon genou… du coup je ne dis pas plus jamais, parce qu’il se pourrait que je retraîne mes sabots d’âne bâté du côté de Saint Étienne pour de finir le job !

 

Moi aussi je voulais une photo où je montre que je sais lire !

Moi aussi je voulais une photo où je montre que je sais lire !

Le deuxième relais : Floriane et ses 22km les plus durs.

Arrivés à Saint-Etienne une tendre fatalité s’impose à nous : on va se peler les miches. Vraiment. Beaucoup.

Après un Quick (pas de marque) bien mérité (pas moi hein, j’le jure, j’ai mangé mon riz au pesto froid), on se rend dans le gymnase / hangar / truc où tous les coureurs attendent le départ. On dort, ou pas, jusqu’à ce que minuit approche.

Comme Matthieu est toujours en train de faire son malheureux, tel un clonage raté de Rémi (sans famille) et Calimero, on a cédé et on lui a laissé le dernier relais (ok, c’était ça ou il venait pas). En même temps moi je me suis inscrite pour une course dans la montagne, la nuit, le froid, la peur. Y a tout ce qu’il faut ici, sauf la peur.

Les meufs elles sourient encore... elle se rendent pas compte qu'elles vont se peler les miches la nuit au milieu de nulle part

Les meufs elles sourient encore… elle se rendent pas compte qu’elles vont se peler les miches la nuit au milieu de nulle part

J’arrive à dormir 30 minutes dans le bus qui nous conduit à notre relais. Et après, j’attends. Emballée dans ma couverture de survie à même le sol en bois de la tente où je me caille, j’attends. Et c’est qu’il prend son temps le Arnaud. Il arrive à 4h, avec une sale gueule et un seul mot : « J’arrête ».

Wokay…

On s’élance donc dans l’obscurité entre filles. Enfin, obscurité… Des colonnes de frontales s’étirent dans la nuit. C’est un peu comme une descente aux flambeaux, sauf que j’ai des trails à la place des skis.

Les premiers kms passent bien. Je regarde ma montre, et au km5 on est dans les temps pour faire 3h30 sur nos 22km.

Première grosse côte, ça grimpe sévère et on se traîne. Ça tire sur les cuisses et on se fait doubler par les gars du 72k. Oui, je sais, la honte. Arrivées en haut je regarde ma montre. En fait, ça va peut-être pas le faire les 3h30. Par contre, j’ai plus froid.

Les km 11 à 17 sont longs je trouve. On escalade un peu pour éviter les marécages de boue, on court sur l’herbe en descente à cause du verglas…

Gros ralentissements à un village, le temps de prendre en file indienne le chemin qui longue la fosse à purin. Pittoresque. On rigole avec les gens dans la queue.

Oui je sais, c'est Lyon ça. Non je sais, c'est pas tout à fait ce qu'on voyait de nuit.

Oui je sais, c’est Lyon ça. Non je sais, c’est pas tout à fait ce qu’on voyait de nuit.

On repart en regardant autour de nous. On voit rien mais on voit tout : les étoiles, la lune, toujours ces loupiotes qui descendent en file indienne, les gens qui sont debout depuis 4h du mat pour nous encourager…

Dans les descentes j’ai de la chance, j’ai souvent juste devant ou juste derrière moi un mec équipé d’une lampe qui éclaire plus que le phare de Créac’h. Les gars (et moi du coup), c’est comme s’ils couraient en plein jour. Zéro fun :p

On alterne des phases où on a chaud, où on a froid. Par contre on n’est pas si fatiguées que ça. On s’attend en montée et en descente. Le temps commence à s’allonger.

Mais là, le soleil se lève. On est sur une plaine, entourées de champs, et le soleil se lève sur les champs complètement gelés. C’est beau, et on a l’impression que c’est juste pour nous.

Oh la belle bleue !

Oh la belle bleue !

On se dit qu’il nous reste quoi, 4km ?

Je regarde ma montre, il doit nous rester 1km, en comptant les slaloms qu’on a du faire. Mais on voit pas de ravito. On pousse un peu en vitesse, il est presque 8H et on aimerait bien finir en moins de 4H quand même. Après 1,5km, on ne voit toujours rien. Alors on demande à un gentil bénévole : c’est encore loin ?

Non non, rien que 2km.

… … … …

J’ai l’impression que quelque part on s’est fait b****r (pardon maman).

On arrive finalement à fond les ballons, avec accélération au finish, pompon dans le vent, sourire aux lèvres. Les garçons sont contents de nous voir, sauf Matthieu qui râle (mais qui me donne son manteau #coeurcoeur) avant de partir sur son tronçon (le plus facile wesh).

Charly et ses drôles de dames

Charly et ses drôles de dames

Plus qu’à faire une bise à Charly (qui trouve que Soucieu-en-Jarrest c’est moche, et qui préfère repartir en courant), à se mettre nues dans une voiture aux vitres teintées par le gel pour se changer et ne pas mourir de froid, à se tromper de route pour finalement voir l’arrivée des 3 loustics sous l’arche bleue (ouais, comme la chatterie à Puteaux (du calme les gars c’est comme ça qu’on appelle l’endroit où on vend des chats)).

 

Ce que je retiens de la Saintélyon ?

  • Plus jamais,
  • Je me suis pelé les miches malgré le gras qu’il y a dessus,
  • J’ai plus l’âge pour rester éveillée toute la nuit (toi et tes 28 ans non plus Matthieu…).

Viens, on fait les 72k en 2017  😉

 

Je reconnais que j'ai forcé Matthieu à faire pareil. Presque on croit qu'il sourit pour de vrai.

Je reconnais que j’ai forcé Matthieu à faire pareil. Presque on croit qu’il sourit pour de vrai.

 Le troisième relais : Matthieu et ses 22km de bonne humeur (bonheur ?).

La Saintélyon, c’est pas une découverte pour moi.

En 2014, un ami m’avait demandé de remplacer un copain à lui, blessé au genou, pour le relais à 4. Je devais faire le dernier relais, le + urbain. Bien entendu, j’accepte et me voilà entraîné dans une aventure folle ! Finalement blessé à la cheville, ce pote me bascule au dernier moment sur le relais du milieu : 22 km – 650m D+ / 1000m D- ! « Ça va le faire, c’est que de la descente ! » qu’il me dit.

C’est ça…

Sauf qu’en 2014, je débutais le running et que je n’avais fait jamais + que 16km à Paris-Versailles…

Et me voilà parti, à 3h du mat’ pour 3h20 de « plaisir », dans la boue, avec des petits flocons qui tombent…

Je m’attendais à voir un paysage magnifique, et au lieu de ça, je me retrouve à la queue leu-leu avec d’autres mecs en collants, à piétiner dans des montées interminables…

Oui parce qu’en fait… la nuit… ben tu vois pas le paysage… Par contre les mecs qui te mettent la frontale en pleine poire, eux, tu les vois bien…

Point bonus : 17ème km, crampe dans le pied. Malgré mes super chaussures en GoreTex, je n’y connais rien en trail et je dois être trop crispé.

Je finis épuisé et cassé.

Trop de fun dans cette course, jamais je me fais encore avoir...

Trop de fun dans cette course, jamais je me fais encore avoir…

Édition 2016, je ne veux pas suivre les autres mais je me fais *encore* piéger.

Je m’impose sur le dernier relais comme prévu en 2014 : 22 km – 300m D+ / 500m D-  parce que je vais pouvoir passer la ligne d’arrivée ! Non mais dis donc, c’est qui l’homme ici ?!?

Il faut dire que c’était frustrant en 2014 de rentrer en voiture.

Par contre, faire le dernier relais, c’est aussi attendre depuis 0h30 dans une voiture par -4°. Si Antho a prévu son petit duvet et son petit oreiller et dort comme un bébé, moi je grelotte toute la nuit.

6h du mat’, 20min de sommeil au compteur, nous voilà en train de nous équiper pour partir. On check l’application et on estime que les filles arriveront à 8h… Ils ont fait du tourisme tous ou quoi ? On peut ranger les frontales… Ma belle frontale achetée même pas pour l’occasion…

8h qu’on poirote alors je m’élance sans grande motivation.

Les mecs on croirait presque qu'ils ont aimé leur tronçon

Les mecs on croirait presque qu’ils ont aimé leur tronçon

Les garçons semblent eux en grande forme. Les montées me flinguent les mollets et le verglas me fait tomber 2 fois dans les descentes.

Sinon, j’arrive à garder le rythme imposé à plat sur bitume. La prépa marathon est pas si loin en fin de compte.

On finit en 1h55 les 22km, en doublant comme des mobylettes des traileurs épuisés qui finissent difficilement leur 72km. C’est cruel…

On passe sous l’arche en grande forme. C’est presque frustrant de finir si vite, on aurait pu continuer encore un peu !

Enfin, je vais pouvoir manger des nouilles instantannées !

Enfin, je vais pouvoir manger des nouilles instantannées !

Les autres commencent déjà à parler entre eux de faire 44km ou 72km l’année prochaine. -_-

Moi je me casse manger la soupe chinoise instantanée, gracieusement offerte par l’organisation. Hmmmm un régal !

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *