Histoire d’une course #17 : un Half Iron Man pour 1er triathlon, par PetitBouquetin

Pour mon premier triathlon, j’ai choisi de faire un Half Iron Man. C’est venu comme ça, sans vraiment réfléchir (c’est sans doute le problème d’ailleurs). Je ne voulais même pas faire de triathlon à la base. Notre pote Antho (toujours le même dans les plans foireux…) est arrivé un jour en nous disant « ouais les copains, je me suis inscrit au 70,3 de Aix, venez aussi, on va s’éclater ».

Rien que là j’aurai du sentir le piège, la connerie.

Malgré les avertissements de l’Amiral Ackbar, j’ai voulu m’inscrire, parce que je suis un bon gros mouton avec le cerveau d’une huître gratinée dans ces moments-là.

Matthieu a bien essayé de me raisonner, et il a tenu bon jusqu’en février. Mais j’ai une grosse force de persuasion, et un potentiel d’emmerdement sans limite aucune quand je veux quelque chose.

Évidemment je suis blessée, donc je commence réellement l’entraînement 3 mois avant l’HIM.

Le plus dur devrait être le vélo (tu m’étonnes), mais par contre la natation ne devrait pas trop me poser de problème. Et la course à pied… Bah on verra bien si j’arrive à la 3ème partie du triathlon déjà. Ça risque d’être compliqué, surtout que je pars avec un bras et un rein en moins vu le prix de l’inscription.

A un chiffre près on frôlait la catastrophe...

A un chiffre près on frôlait la catastrophe…

A l’entraînement, c’est Swim,…

Après la première séance d’entraînement, je reconnais que je faisais pas la fière. Des crampes dans les deux mollets, obligée d’écourter en milieu de séance… Moi qui pensais que ça allait être easy…

Heureusement à raison d’une à deux séances par semaines, j’ai assez vite retrouvé mon niveau. Petite déception tout de même : je pensais que j’allais doser Matthieu, mais je l’ai jamais rattrapé ce salopiaud.

Cela dit, j’ai retrouvé un réel plaisir à être dans l’eau, comme quand j’étais gamine, mais les bourrelets en moins.

Bike,…

Clairement, je me suis attaquée à du lourd. Même si je n’utilise plus les petites roues, je me suis pris une belle branlée lors des premières sorties. L’avantage c’est que je ne pouvais que progresser. Je reconnais qu’au début j’avais peut-être pris ça un peu trop à la légère. Ça va, je faisais presque 40 bornes après 3 semaines, ça allait passer crème.

Première grande claque dans la gueule, la sortie avec les Tri-Marrants. 95Km de souffrances, 6h de bataille, 700 pauvres mètres de dénivelé. Finalement, si ça devait passer, c’était plus comme une ficelle de string.

Alors j’ai bouffé du Home Trainer, j’ai eu le temps de bien me tanner le fessier sur ma selle avant de me lancer sur les 80km de la Jean Racine. Du coup le jour de cette petite course plutôt familiale, j’étais arrivée pleine de stress et d’espoir : 4H08 plus tard, j’avais parcouru 85km (ouais, je me suis perdue), grimpé 1008 D+, et retrouvé un peu de confiance en moi.

And run.

J’ai fait quelques entraînements de transitions vélo course pendant la prépa. C’est un peu étrange d’enchaîner. Tu ne sens pas vraiment tes jambes, tu as tendance à t’emballer. En fait c’était rigolo parce que j’enchaînais toujours sur un rythme proche de mon meilleur 10k. C’était le souffle qui ne suivait pas. Mes jambes ressemblaient un peu à du chewing-gum, elles avançaient toute seule. J’espérais un peu que ça se passerait comme ça aussi pendant l’HIM.

L’avantage c’est que je n’ai pas intensifié mes entraînements de course à pied. J’ai fait le semi de Paris, celui de Marseille, gardé les entraînements du mardi. Mais je ne me suis pas remise à courir comme une tarée comme pendant les dernières prépas.

De toute façon comme j’ai peu de chance d’aller jusqu’à cette partie-là à cause des barrières horaires, pas la peine de toute miser dessus.

Il est à peine 6h et on est déjà sur la route. Faut être un peu concon.

Il est à peine 6h et on est déjà sur la route. Faut être un peu concon.

Et le jour de la course, mais pour de vrai cette fois-ci, repeat :

Swim,…

Comme je l’espérais, la partie natation s’est très bien passée, avec un départ en rolling start sans mandale dans la gueule. 41 minutes pour 2100mn c’est quand même pas dégueu pour une première expérience en combi et en eau vive. Bon la prochaine par contre j’essaie de nager droit et de pas me perdre…

(1ère transition)

800m plus tard, la combi à moitié enlevée, je récupère mon sac bleu et je commence ma transformation totale, façon Sailor Moon. En moins glamour tout de même, je me sèche, trouve les toilettes (90km les gars, faut pas avoir envie quand t’es une fille) et je cours enfourcher ma bécane.

Moi je vais à Aix où ils annoncent grand soleil et 50°, mais je m'habille en noir... Je sens le bronzage agricole arriver

Moi je vais à Aix où ils annoncent grand soleil et 50°, mais je m’habille en noir…
Je sens le bronzage agricole arriver

Bike,…

Pour l’HIM, on m’a prêté un vélo, Darcy n’étant pas le plus adéquat pour le format. Sur mon bolide, je m’élance tranquillement sur les routes de Provence, scandant une prière au dieu de la crevaison entre 2 bouchées de Clif Bar. A priori j’avais emmené ma botte « increvable » tout près de mon cœur ce jour-là, parce que mes 1000 bornes à moi se sont terminées sans drame.

Je sais déjà que ça va être compliqué. Les km défilent, et je ne sais pas trop à quoi je pense. Je décide de ne pas m’arrêter aux ravitaillements histoire de ne pas perdre le temps que je n’ai pas. J’attrape juste une bouteille au vol histoire de ne pas ressembler à une momie desséchée. Le temps se couvre par moment, du coup on ne se rend pas trop compte de la chaleur en fait.

Lara A pas encore commencé à me beugler dans les oreilles, mais ça va pas tarder.

Lara A pas encore commencé à me beugler dans les oreilles, mais ça va pas tarder.

Telle Lara Fabian, j’y crois encore, en tout cas jusqu’aux pieds du Col de Cengle. Carole a fini par me rattraper, et j’essaie de lui coller aux fesses, dans la limite des 12m de non drafting obligatoire sanctionnable de la mort qui tue. Lara a beau me beugler dans les oreilles, je décroche rapidement dans la montée. Je ne sens plus mes cuisses, et on n’a fait que 500m sur les 3km de « légère » montée. Je vais tellement lentement que je sens que je vais tomber. Je décroche à droite, et telle une bonne grosse tartine de confiture, je vais m’écraser au sol sur la face gauche.

Quelques « non, non, non » plus tard, je suis vautrée au milieu de la route comme une carpette, alors que j’étais à l’arrêt. Heureusement je ne fais pas partie des bons, donc aucun fou furieux n’arrive à fond les ballons pour me rouler dessus. Je me relève comme je peux, et deux « fais chier » après, je me mets à marcher. Oui. A marcher. Vous avez déjà essayé de remonter en vélo sur une pente abrupte comme un coté de la Tour Eiffel ? On est pas loin de Marseille, j’exagère comme je veux.

La photo qui a rien a faire là dans la chronologie de l'article, mais on s'en foute elle est classe.

La photo qui a rien a faire là dans la chronologie de l’article, mais on s’en foute elle est classe.

Quand je trouve du plat sur le coté, je remonte et je retente. Je fais ça plusieurs fois de suite, mais c’est clair que j’ai deux rondins de bois à la place des cuisses. Vous me direz que c’était prévisible, mais en tout cas, plutôt que de rester planter en plein milieu à attendre la voiture balai, je donne tout pour continuer d’avancer.

C’est pas grave, je grimpe, je rigole avec les pompiers et les arbitres une fois arrivée en haut. C’était long, très long.

Je sais déjà que c’est mort pour les 5h15 de la barrière horaire, il me reste 25 minutes pour faire 15 bornes. Tant pis, une fois au sommet je repars. C’est pas parce que je suis disqualifiée qu’il faut pas tout donner. Et à 50km/h en descente, je donne tout. Enfin sauf quand ça tourne, j’ai pas envie de repeindre une roche parce que je me suis pas assez penchée dans une virage à 180°.

Heureusement que le 70.3 est terminé, avec 5 vélos à la maison encore un peu et on devait se débarrasser du canapé...

Heureusement que le 70.3 est terminé, avec 5 vélos à la maison encore un peu et on devait se débarrasser du canapé…

Arrivée dans Aix (ce que c’est long cette partie, surtout quand on voit les copains qui ont déjà commencé à courir), je poursuis jusqu’au parc à vélo. Je me dis que je vais le déposer et ensuite aller encourager tout le monde.

Une bénévole me dit que c’est fermé, fini. Je souris et je dit oui, mais je pense « bah merde, qu’est-ce que je vais foutre de mon vélo en attendant ? ».

Sauf que là, quelque part dans le cosmos, caché entre le coiffeur de Katy Perry et le médecin de Johnny, quelqu’un a pensé à moi et c’est dit qu’après en avoir autant chié pour arriver là, ça serait con que je m’arrête comme ça. La chef du staff, qu’on a déjà vu au briefing la veille me regarde et dit « oh bah non regarde la la pitchoune, on va la laisser passer ». Et là, je lui demande 3 fois « Vous êtes sûre ? ».

C’est le pied.

(2ème transition)

Toute l’allée pleine des vélos de ces centaines de gens qui sont arrivés avant moi à remonter en cales auto. C’est pas grave, je les ai déjà niquées dans le Col de Cengle de toute façon. Je pose mon tracteur en me demandant comment c’est possible que je sois là. Un autre gars arrive juste derrière moi. Apparemment, au lieu de 5h15 temps pucé, ils ont pris 5h15 après le dernier départ (soit 8h30) comme dead line.

Je me suis présentée au contrôle au bout de 5h43. Ça passe à 2 minutes. 2 minutes.

Je prends le temps de me changer, de réaliser ma chance, de me rebooster un peu aussi, et je m’élance. Le mental est retombé, puisque je n’étais pas supposée continuer. Il va falloir qu’il revienne et vite, sinon je ne sais pas comment je vais faire 21km.

Ce moment où tu te rends compte que merde, faut que tu refasse plusieurs fois ce tour-là...

Ce moment où tu te rends compte que merde, faut que tu refasse plusieurs fois ce tour-là…

And run.

Ça monte Aix en fait. Mes muscles sont raides, mes mollets tirent après le Col. Arrivée au premier ravito, on me dit « courage, c’est presque fini ! ». Et non, raté, moi c’est mon premier tour sur les 3, et le soleil tape fort. Il faut dire qu’on est quand même au milieu de l’après-midi.

Au coin d’une rue je vois Cindy. Elle vole vers moi mon bichon, je crois qu’elle est aussi contente que moi que je sois arrivée jusqu’ici. Elle me dit que Matthieu en est à son dernier tour, que je vais le croiser sur la mini boucle.

Je ne le croise finalement pas, mais il est là à m’attendre avec Cindy pour qu’on fasse ensemble ses 800 derniers mètres. C’est cool, ça fait chaud au cœur et ça donne un gros coup de fouet. Enfin jusqu’à ce qu’il aille tout droit et que moi je doive tourner pour repartir…

Au km8, les crampes aux mollets finissent par arriver. Je n’avais jamais eu ça avant. Je m’arrête au ravitaillement pour arroser mes mollets, demande aux services de secours s’ils n’ont pas des bombes de froid ou du strap. Rien. Tant pis, je continue.

La suite de la course est une succession de course, de douleur, de marche, d’arrosage.

C’est aussi beaucoup de gentillesse et d’amour de la part des bénévoles, des arbitres, de Cindy.

Il a l'air tellement rincé que je commence à flipper de l'état dans lequel je vais être dans 2 tours moi...

Il a l’air tellement rincé que je commence à flipper de l’état dans lequel je vais être dans 2 tours moi…

C’est des jolis moments, malgré des douleurs à m’en déchirer les 2 mollets :

  • l’arbitre à vélo, qui reste un moment avec moi pour partager son expérience. Il n’aimait pas les départs en rolling start, préférait « aller au contact ». Il trouvait qu’on était fous de s’être lancés sur un HIM pour un premier triathlon, mais il était drôlement impressionné. Il m’a donné pas mal de conseils, pour la prochaine fois.

  • Le « chef » des bénévoles, avec qui j’ai plaisanté et qui, comme promis, passait du premier au dernier ravitaillement pour m’encourager à chaque tour. Il me disait à chaque fois qu’il fallait tenir le coup, et qu’on se voyait au prochain passage.

  • L’ensemble des bénévoles, avec beaucoup de sourires, de blagues, de haies d’honneur, d’encouragement, de chants. Mon nom scandé, le réconfort lors de la crampe finale sur le tapis, les filles juste après le parc qui m’accueillaient avec un « ah la voilà, elle arrive ». Je n’avais jamais vécu ça avant, mais ce jour-là, dans l’état dans lequel j’étais, je me sentais heureuse d’être avant-avant dernière et d’avoir le droit à tout ça. D’avoir ces gens qui m’attendaient, moi.

  • Bichon, qui a fait la dernière micro boucle sur le trottoir en short en jean en même temps que moi. Qui a attendu patiemment, toute seule, que j’arrive, tandis que la nuit tombait (je déconne, il était 16h30). Qui donnait mon nom aux bénévoles pour qu’ils m’encouragent. Bichon.

J'ai pas encore commencé à pleurer là, mais je sens que ça va pas tarder.. C'est ce moment où je viens d'appuyer de toute mes forces sur le genou histoire de passer la ligne d'arrivée au moins en marchant et pas en rampant à cause des crampes

J’ai pas encore commencé à pleurer là, mais je sens que ça va pas tarder.. C’est ce moment où je viens d’appuyer de toute mes forces sur le genou histoire de passer la ligne d’arrivée au moins en marchant et pas en rampant à cause des crampes

Ce que je retiens de mon premier triathlon.

  1. Il faut être un peu (complètement) fou (con) pour commencer par un HIM.

  2. C’est un métier le vélo, madame. Je le savais déjà, mais c’est encore plus clair maintenant. Il va falloir intensifier encore si je veux progresser. Et je sais que je peux progresser.

  3. C’est sans doute la plus dure et douloureuse course que j’ai faite, mais aussi la plus riche de partage avec les gens. Je savais que j’avais un mental, mais je pensais pas qu’il était aussi fort que ça.

  4. C’est aussi, et surtout, le plus beau finish de toute ma vie, même si je suis arrivée en marchant à cause de la dernière crampe que j’ai eu dans le couloir de fin.

  5. J’en referai, c’est sûr, un HIM. Nice l’année prochaine ? Faut voir.

  6. Peu importe ce que les gens pensent, peu importe que je sois sur le site officielle en DoNotFinish (et ouais, plus lente que la balise finale), peu importe si personne n’aurait parié une cacahuète sur moi au début.

On fait les gros malin là, mais en fait la médaille est tellement grosse et lourde qu'on penche presque en avant !

On fait les gros malin là, mais en fait la médaille est tellement grosse et lourde qu’on penche presque en avant !

Je l’ai fait les gars, j’ai bouclé, pour mon premier triathlon, l’HALF IRON MAN d’Aix en Provence, édition 2017, en 8h36.

BOUHYAY.

4 reflexions sur “Histoire d’une course #17 : un Half Iron Man pour 1er triathlon, par PetitBouquetin

  1. Marlault Baptiste

    BRAVO encore à toi Floriane la SUPER Championne!!! Tu peux être sincèrement TRÈS fière de toi!!! Ce fut un plaisir de t’avoir croisé 2 fois en vélo et une fois en CAP tu n’as RIEN lâché et tu merite autant si ce n’est plus cette BELLE médaille (un peut lourde) et tu peut remercier aussi lara Fabian qui ne t’as BIEN boosté elle aussi!!!! Un super récit PLEIN d’émotion et d’amour!!! BRAVO les petits bouquetins!!!!

  2. Arnaud

    Heureusement que je suis pas con comme vous ! No way ! Vous êtes une belle bande de malades, mais respect pour avoir été au bout de cette chose qu’on appelle Half Iron Man 🙂

  3. Yassine Balhi

    Magnifique, j’ai tout lu mot par mot tellement c’était passionnant, on a l’impression de le vivre ce HIM avec vous. J’ai fait mon premier Tri sprint il y a un mois et je vais faire un HIM dans un an, j’espère pouvoir le finir sans blessure. Pourriez vous nous dire combien de temps il vous a fallu pour la récupération aprés si vous voulez bien ?

    1. teampetitbouquetin Auteur de l'article

      Hello, merci pour ton retour !
      Beau challenge en perspective ! Courage pour ton entrainement pour l’année prochaine, il va falloir tout donner ! Mon conseil (je fais genre je peux en donner ;p ) c’est de vraiment favoriser les entraînements de vélo pour être le plus à l’aise possible sur la partie course à pied. une grosse partie se joue la dessus.

      Pour ce qui est de la récup, d’abord il faut savoir que ça dépend de chacun. Plus tu auras enchaîné les entraînements pour renforcer les jambes, mieux ça se passera.
      Moi je suis plutôt lente dans ce domaine, et il me faut du temps pour me remettre bien. Clairement, pendant 2 semaines je n’ai rien faire d’autre que marcher.

      Je pense qu’il faut prendre le temps de se sentir bien, vraiment s’écouter, et surtout reprendre progressivement pour éviter de se blesser après la course. Ça serait dommage non ? 😉

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