Histoire d’une course #21 : L’Intégrale des Causses d’Arnaud

“- Dis, en octobre ça te dirait de faire les Templiers ?

– Grave ! Attends je regarde mon planning… alors Paris-Versailles… Somad… 10km Paris-Centre… 20km de Paris… bon je crois que ce serait pas raisonnable en fait.”

 

Ça, c’était le moi d’avant. Le moi de 2017 il dit “Tu t’inscris à aucune de ces courses que tu as déjà faites plein de fois (bon sauf la Somad parce que c’est déguisé et que tu as des principes) et tu files dans l’Aveyron ! En plus 76km c’est rien, tu auras fait 65km à la 6000D en juillet pour t’entrainer !”.

Ni une ni deux on s’inscrit avec Delphine et Bibi… bon sauf qu’en fait il semblerait que Les Templiers, c’est THE place où tout le monde veut TO BE… et du coup y a déjà plus de place… Ni une, ni deux, ni trois apparemment. Heureusement le Festival des Templiers ce n’est pas uniquement le Grand Trail, c’est aussi plus de 10 courses de 7 à 101km ! On se rabat donc sur le plus approchant, j’ai nommé “l’Intégrale des Causses”, une petite balade de 63 km et 3340 D+. Et en plus y a pas de barrières horaires dis-donc.

Nous voici donc par un “beau” matin d’octobre, comme magiciens arrivant toujours au moment parfait, parés au lancement dans le sas à 5 minutes du départ, frontale allumée et goutte au nez. Pas le temps de tergiverser que ça part déjà (putain de courses qui partent à l’heure). Notre départ stratégique nous place adéquatement en queue de peloton : on n’a pas fait 500m que les coureurs s’arrêtent. Ça commence déjà à marcher… ah bah oui y a un faux plat et pas de barrières horaires… En fait je crois qu’on est cerné par les mecs du 63km marche. Quoi ? C’est pas une des épreuves ? Ah… N’écoutant que moi-même j’abandonne mes camarades à leur sort et débute un long slalom en espérant que le bout du tunnel n’est pas trop loin. Il semblerait que ce ne soit pas pour tout de suite quand je dois attendre mon tour 5 minutes avant de pouvoir m’engager sur la première côte en single trac. Pas moyen de doubler, puis de toute façon la file s’étendant à perte de vue ce serait une perte de temps. Dans la descente même punition… Tant pis on fait tout en marchant. Je prends mon mal en patience.

Premier ravitaillement solide au 6e km (oui il ne sert pas à grand-chose pour nous, mais bon, ceux de l’Endurance Trail auront déjà près de 40km dans les pattes quand ils l’atteindront). J’en profite tout de même pour faire une “pause Charly” de 2 minutes, et hop ça repart. Le jour se lève et la route se dégage petit à petit. Il y a encore du monde, mais par paquets, c’est donc plus facile de les doubler. Je remonte petit à petit quand enfin, après 1h30 de course, la route s’ouvre définitivement devant moi.

 

Je ne sais pas du tout à quel km je suis, mais ça fait plaisir de pouvoir courir à son rythme. Étrangement je râle moins et commence à apprécier les paysages. Et les Causses, même si le temps est gris (ce qui est parfait pour courir, mais pas top pour s’en mettre plein la vue) c’est pas dégueu. Je dirais même qu’avec toutes les couleurs automnales qui les tapissent et les nappes de brouillard qui leur baignent les pieds, c’est beau ++. Si on ajoute à ça le parcours en single-track à flanc de falaise avec quelques petits passages de “crapahutage” dans les rochers, je vais finir par ne pas regretter le déplacement.

26e km, deuxième ravitaillement solide. Ce coup-ci je m’arrête je refais le plein de sel et de sucre et 5 minutes plus tard c’est reparti. S’ensuivent 10km roulants ponctués d’une petite côte juste avant le ravitaillement du 36e. J’en profite pour vous confirmer que bien descendre permet de remonter plein de places avec un minimum d’effort. KM 36, 3e ravitaillement solide… au premier étage… OK, ça fera quelques petites marches bonus, mais bon le manger mérite bien ça. En plus niveau choix ils n’ont pas lésiné, c’est vraiment un buffet gargantuesque qui nous attend à chaque fois. Malheureusement, pas le temps de tout gouter, je redescends faire le plein d’eau, car le prochain ravito est dans 20km, et ça serait ballot de tomber à court d’eau.  Tiens au détour du 46e km on aperçoit Millau au loin. Arrivée en vue !

Certes il fait pas très chaud, mais l’atmosphère est très humide, et dans chaque côte je ruisselle comme une fontaine. En parlant de côtes, celles que nous rencontrons sont véritablement à pic. Je crois que c’est à ce moment que je réalise que si la 6000D se décomposait en 32km de montée et 32km de descente, ici il y a plein de plat… du coup pour atteindre le même dénivelé à distance égale, la logique veut que les pentes s’accentuent d’autant (et ça donne de plus belles descentes, CQFD). Sur le coup ça brule bien les jambes et je gravis comme je peux en mode économie. Quelques coureurs avec bâtons en profitent sournoisement pour me dépasser, mais ce n’est pas grave je leur rends la politesse dans les descentes. Les Causses, pour ceux qui aiment la descente comme moi, sont un super terrain de jeu. Mais bon, même si je m’amuse comme un petit fou, les meilleures choses ont une fin et j’ai hâte d’arriver au km 54, dernier ravitaillement eau, et d’attaquer Massébiau, dernière côte du parcours (3,2km et 470D+) conduisant au dernier ravitaillement solide et aux six derniers kilomètres.

Je bois vite fait et j’amorce L’ASCENSION (pas la fête religieuse hein, la montée). Pour fêter ça dignement, le soleil et sa chaleur (il est 14h30) s’invitent à la fête. Qu’à cela ne tienne, je tombe le tshirt, ouvre le Camelbak, et mets à peine 46 minutes pour arriver au bout de ces 3,2km… J’ai bien mérité ma Tourtel !

Ce coup-ci faut en finir, je repars très vite pour ces 6km de descente… qui en fait n’en sont pas : il reste encore quelques petites côtes à faire… en fait je ne trouverai la descente qu’à 3 km de l’arrivée, en sortant de la Grotte du Hibou.

Descente rendue tellement glissante par les torrents de pluie des deux derniers jours (oui l’Aveyron on l’a visité depuis le sofa du Airbnb autour d’un plateau de Trivial Poursuit, mais c’est une autre histoire) que je dois m’accrocher à chaque branche. Ça y est un panneau 2km. Le terrain s’améliore je peux relancer. Ça devient super roulant. 1km. Arrivée en vue et en son… par contre pourquoi ça ne tourne pas à droite ? Pourquoi on descend sous le niveau de l’arche…

OK, les petits bâtards nous font descendre uniquement pour nous faire remonter une dernière fois quelques mètres. Cela ne m’atteint même plus. J’entends mon nom, je lève la tête, mais je ne vois pas Solène, notre Chauffeuse de nuit/supportrice/porteuse de sac du week-end, au milieu de cette foule en délire (ouais bah dans ma tête c’était une foule en délire OK !).

Ah, si la voilà… trop tard je lui ai mis un vent… bah, je suis sûr qu’elle comprendra. Non ? Dernier sprint et c’est l’arrivée !

Étonnamment je me sens bien. J’ai vécu cette course largement mieux que la 6000D où j’étais dans le dur tout du long. Les paysages étaient magnifiques, les sentiers super agréables et beaucoup plus sauvages que les pistes de ski de la Plagne. Bon y avait pas de piste de Bobsleigh, mais y avait du bon fromage ! Si vous avez l’occasion, n’hésitez pas, l’ambiance sur le week-end est top et si la météo est de la partie ça en fout plein la vue. Aller je vous laisse, il faut que je rejoigne les autres pour leur finish !

 

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