Histoire d’une course #23 : Le Marathon de Bordeaux de Petit Bouquetin

Je suis dévastée… J’ai récemment appris que les experts mandatés par le très sérieux institut Les Genoux dans le Gif avaient finalement rendu leur rapport : le CR d’une instagrammeuse pour son marathon vaudrait moins qu’une heure de hand-spinner sur le plan intellectuel.

Alors bien sûr on pourrait débattre des heures : qu’est-ce qu’une instagrammeuse ? La limite des 4h30 est-elle fixe ou sujette à modulation selon le type de foulée / la taille de poitrine de la dite instagrammeuse ? Quid d’un instagrammeur qui fait un marathon en 4h30 ?

Je vous le dis sans ambages, mon marathon en 4h15 c’est pas pour cette fois-ci. Vous êtes devant un choix cornélien : lire un CR sur un marathon en 4h30 ou muscler vos doigts ?

Après tout, il faudrait s’assurer de la véracité de cette étude… Promis j’essaierai de faire plus court que ce que la course a été longue pour moi

Pour nous, pas de « Sea, Sex and Sun » à Bordeaux. Ça sera plutôt « Lignes droites, Vent de face et Pluie ».

Bref, rien que le titre craint. Il faut commencer par reconnaître une certaine audace de la part de l’orga : avancer l’évent de 3 semaines alors qu’à Bdx il pleut presque un jour sur deux, c’est osé. C’est aussi un pari raté. Mais bon, fallait test quoi.

Après avoir checké la météo toutes les deux heures pendant une semaine, à 3h du départ on sait toujours pas comment d’habiller. Je fais pas la meumeuf qui veut assortir ton t-shirt bleu perlé avec son short corail. Juste sous-couche ou pas ? Short ou legging ? T-shirt manches courtes, manches longues ou débardeur ? C’est la cata.

Bref, je prends la même tenue qu’au marathon du Loch Ness. Bdx c’est pas plus pire que l’Écosse comme même ?

A peu près au sec sous mon poncho de bataille, je me pèle. Va falloir se faire une raison : si, c’est plus pire.

Juste avant, ça commence déjà à craindre…

Allez, direction mon SAS , je préfère laisser Matthieu batifoler avec Arnaud sous le même poncho. Je ne veux JAMAIS savoir ce qu’il s’est passé la dessous…. J’ai pas envie. Merde. Quand tu fais un semi, t’as pas envie c’est pas grave, même à mon niveau. Pour le marathon, ça craint.

Et là, t’es dans le SAS, et t’attends. Il commence à te pleuvoir sur la tronche, et t’attends. T’écoute le commentateur (nul) faire des blagues (pourries), et t’attends. IRONMAN bordel, vous avez pas trouvé mieux ? Y en a des bons des commentateurs quand même… Le même il fait les matchs de catch le week-end ? C’est une boucherie le truc…

Bref, t’attends 20 minutes après le premier départ avec ces conneries.

Au début ça passe.

Je pars enfin. Je me débarrasse de mon poncho au km2, mais je garde la surcouche, parle ce que je me pèle en poumpoum short. Je me fais doubler par un mec qui s’est entouré de guirlandes électriques. Le mec fait le kéké, il est sur le marathon pourtant. Il faisait plus tellement le malin quand il a enlevé son habit de lumière. Les gens sont tarés…

Y a du monde sur le bord des routes, y a du monde autour de moi. Exact souvenir des semis des années précédentes. Au km7 je vois ma maman et je lui donne ma petite laine. Oui les gars, je vois ma maman. Elle était à mon 1er marathon et elle est là au 2ème. Quand je vais lui dire que le numéro 3 est au Chili… :p

Jusqu’au km15 ça se gère pas trop mal. Je vois ma sœur, je tiens mon allure. Par contre il se remet à pleuvoir et ça me gave un peu. Grosse pluie, petite pluie, bruine, gouttelettes, et foutu vent de face. Il tourne ce putain de marathon, et pourtant t’as toujours le vent de face… Je comprends pas.

C’est là que ça commence à déconner.

J’ai mal à l’ischio. Pas trop fort, mais juste ce qu’il faut. J’ai jamais eu mal à l’ischio, alors ça me fait un peu chier le truc. Je suis un peu comme la princesse au petit pois moi : si y a un truc qui me dérange, je vais passer une mauvaise nuit.

Je bois bien à chaque ravito, manquerait plus que je sois déshydratée avec ce qu’il me tombe sur le nez.

Ça commence déjà à me saouler. Je me suis bien pris la tête pendant 3 mois, j’ai bien somatisé toute la journée pour ce foutu marathon, et je sais déjà que ça sert plus à rien.

J’ai bien bien les boulasses (pardon maman).

Je commence à marcher un peu, et courir beaucoup quand même. Je suis pas jouasse. D’où l’intérêt d’avoir fait une grande partie de ma prépa toute seule. Au moins je peux faire ma tête de con sans avoir envie de me jeter dans le fossé. Je me supporte assez pour continuer.

C’est long, et y a rien à voir. Y a personne sur le coté de la route sur certaines portions. Le seul moment qui aurait pu être sympa c’est quand on passe par le château, mais je suis tellement absorbée par le sol de gravillon et nids de poule pour pas me faire une cheville que je vois rien.

Ça va être long.

Au km26 ça comment à vraiment déconner. Je sens plus mes pieds, j’ai froid, je suis trempée, j’ai mal à la hanche et à l’ischios. Je suis grumpy. Je revois ma sœur et son copain, il font quelques mètres avec moi. Ça me donne un peu de courage. On arrive quand ?

Le deuxième passage à Pey Berland est vraiment cool. Y a plein de monde, je retrouve la famille et on voit que Matthieu est presque arrivé. Il me reste 10km à faire moi. Les 4h30 sont encore jouables, si je me sors les doigts. Je connais le reste du parcours, je sais que c’est des cours un peu désert, et quelques petites rues.

J’ai tellement mal que j’en suis rendue à marcher 150/200 m pour courir le reste du km. C’est de plus en plus compliqué de reprendre la course à chaque arrêt, les muscles des jambes commencent à être tétanisés à force de stop and go.

Il fait toujours nuit, il fait toujours froid, et je mettrais plus de 4h30. Bah.

Plus que 2km. Après un dernier tour sur Pey Berland, toujours plein de monde, je vois le bout du tunnel. Arnaud a remonté les voies de tram pour faire le dernier km avec moi. Comme ça ma joie sera sur le film. XD

Il me donne les dernières actus : c’est pas brillant pour la team, à part Matthieu qui va pouvoir frimer pendant des mois.

Coucou la famille

Je fais coucou à toute la famille qui m’encourage à deux pas de la ligne d’arrivée avant de bourriner un peu 4 relayeuses qui se tiennent la main sur toute la largeur de la route. Sans déconner les meufs ? Vous en avez pas assez chié qui vous faites durer le plaisir ? Vous vous prenez pour un cordon de sécurité anti-émeute à empêcher tout le monde (moi) de passer pour en finir ?

Je passe l’arche. Enfin. Pas de larmes, rien. Je veux juste la plus grosse médaille, parce que c’est moi qui en ai le plus chié.

J’ai bouclé mon deuxième marathon toute seule comme une grande.

C’est ce que je décide de garder en mémoire au final. Peu importe que je n’aie pas atteint mon objectif, que j’aie quelques bobos ou douleurs, je l’ai fait toute seule. Ça reste une grande fierté de l’avoir fini.

Je ne referai jamais un marathon de nuit. Ici ou ailleurs. Tu somatises toute la journée, tu as du mal avec les repas, tu te mets la pression comme un ouf, t’arrives pas à te reposer. Un marathon le matin ,tu te lèves peut-être à 4h, t’as peut-être la tête dans le cul, mais au moins tu penses pas au truc pendant 150 ans.

Je ne suis pas sûre que je participerai à nouveau à une course à Bdx. J’ai fait le semi plusieurs fois, de plusieurs façon, alors je sais pas… Y a d’autres courses cool quoi.

Je referai définitivement un marathon.

 

Une petite vidéo, histoire de bien finir ?

 

2 reflexions sur “Histoire d’une course #23 : Le Marathon de Bordeaux de Petit Bouquetin

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *